Bessac Patrice
Porte-parole du PCF, membre du Comité Exécutif National et secrétaire de la fédération de Paris.
Rapport de Patrice Bessac sur les transformations du PCF
Le 16 avril 2010
La présentation de Patrice Bessac devant le Conseil national du document de travail "Pistes de travail pour un Parti communiste français transformé".
Chers Camarades,
Permettez moi de commencer par remercier toutes celles et tous ceux qui ont contribué à l’élaboration du texte sur les transformations du PCF. Le texte qui est présenté au Conseil national a été l’objet de sept versions successives. De nombreux membres de la Commission ont rédigé des contributions au fur et à mesure de ce travail. Je veux dire également que la Commission a conscience qu’elle devra continuer à travailler et à faire évoluer sa réflexion d’ici le Congrès. D’abord du fait du débat militant et ensuite parce que certaines propositions du texte ont besoin d’être précisées et développées. La Commission a donc décidé d’un programme de réunion d’ici le Congrès afin de prendre connaissance régulièrement des comptes rendus de sections et de Fédérations, des contributions publiées, de procéder à des auditions et de publier des notes à l’attention des communistes, notamment sur les réalités de notre organisation.
Le rapport que je présenterai au Conseil national consistera à un éclairage sur les idées principales du texte présenté. Je veux toutefois commencer par deux remarques. De méthode d’abord. Nous avons considéré que notre rôle était d’articuler des idées générales avec des propositions précises pour un Parti communiste français transformé. En clair, tirant le bilan de nos textes de congrès précédents, nous ne voulions pas produire une vision idyllique du Parti sans proposer les chemins concrets de sa réalisation. Nous assumons donc le fait d’être entrés dans le détail du travail de transformation nécessaire. Le texte proposé sera donc, une fois modifié par le Congrès, un plan de travail pour les communistes et singulièrement pour la direction du Parti. Deuxième remarque de fond, la base de notre travail est évidemment le 34e Congrès et le choix des communistes du PCF et inséparablement de sa transformation.
L’introduction traite de quelques idées politiques principales. La première est que le travail de transformation s’appuie sur la lecture que nous faisons des enjeux contemporains. Nos propositions viseront donc à réaliser les conditions pour être à la hauteur de ces enjeux. Ainsi le travail de transformation n’est pas limité strictement aux enjeux d’organisation : il couvre l’ensemble du champ de l’intervention politique, Parti, projet et conception du rassemblement. Ces deux remarques nous ont conduit à proposer, comme l’un des trois axes principaux de ce travail, la décision d’une offensive sur le terrain des idées, de notre projet et de son partage. Face à la crise du système et aux crises multiples qu’il génère, nous devons nous donner les moyens d’une place beaucoup plus importante du travail de projet dans notre militantisme et d’un effort pour en penser et en identifier la cohérence, c’est-à-dire l’identification des leviers essentiels de notre conception du changement. Enfin, l’introduction évoque quelques pistes de réflexion sur notre choix de la forme parti. Ce choix nous oblige. En effet, si notre conception du parti ne cède en rien au type de parti conçu pour être au service des institutions de la Ve République, à ces machines électorales hypercentralisées et dont la seule obsession est le moment électoral, si nous concevons l’avenir de notre parti en rupture radicale avec le jeu politicien, alors ce choix nous oblige à l’effort de créativité politique et pratique nécessaire pour être à la hauteur du besoin de politisation de toute la société.
A partir de cette introduction, le texte proposé s’organise en trois parties. 1) Les idées au premier plan. 2) Un parti de la démocratie, de la coopération et de l’action militante.
3) Changer la direction nationale du PCF.
Concernant la première partie, "Les idées au premier plan", la Commission propose de mettre à l’ordre du jour une ambition radicalement différente de la place du combat d’idées dans notre militantisme et notre politique. Nous devons regarder lucidement le fait que si nous consacrons beaucoup d’énergie sur notre stratégie politique, sur notre conception du rassemblement, nous en consacrons très peu sur notre projet, sur les idées pour lesquelles nous combattons. Ce travail, pour être efficace, devra être connecté aux contradictions rencontrées dans les luttes sociales et dans les institutions. A partir de la décision de travailler sur la cohérence de notre projet, la Commission propose trois moyens d’action : 1) la création d’une direction unifiée du projet qui rassemble tous les moyens humains et financiers actuellement disséminés sur ces enjeux autour d’une même ambition et d’une même organisation du travail ; 2) la décision de conventions de travail ouvertes ; 3) la création d’une revue mensuelle du projet adressée à tous les communistes pour diffuser, partager et mettre en débat ce travail.
Le deuxième axe traite du Parti sous deux aspects : la démocratie, la participation réelle des adhérents à l’élaboration de la politique de leur parti et ensuite notre militantisme. Comme nous entrerons dans la suite de la discussion dans le débat paragraphe par paragraphe, je veux me contenter de deux remarques. D’abord, nous avons utilisé le moins de formules négatives possibles car nous pensons que l’enjeu du débat n’est plus de dire "ce qui ne doit plus être", mais de dire "ce qui doit être". En résumé, la critique de nos pratiques actuelles nous semble n’avoir d’intérêt que si elle propose des solutions. Ainsi, par exemple, nous discutons souvent de la participation des adhérents à l’élaboration de la politique de leur parti sans se poser la question des moyens dont nous disposons pour la réaliser et des outils que nous proposons au Parti. Sur ce point par exemple, nous proposons d’expérimenter sur deux ou trois questions des processus de travail coopératif qui permettent dans l’année qui vient de passer aux travaux pratiques. La remarque est également valable par exemple sur la structuration du Parti à l’entreprise. Prenons l’exemple de La Poste ou de l’Education nationale. Nous avons des forces militantes dans ces deux services publics. Parfois organisées, souvent non. Comment reconstruire si nous ne connaissons pas nos adhérents qui y travaillent ? Par exemple, lorsque telle réforme de l’Education nationale est annoncée, nous devrions être capables d’adresser à tous les enseignants communistes un argumentaire, un tract, une proposition d’action. Vous le constaterez dans le fil du texte, la Commission s’est donc essayée à mettre en regard d’idées pour l’avenir du Parti des axes d’expérimentation ou de travail qui permettent de passer de les réaliser.
Concernant le troisième axe, changer la direction nationale du PCF, la Commission ne propose pas de "grand soir" mais une méthode concrète qui, dès le congrès d’étape, permette de réaliser un premier changement. Ainsi nous proposons d’élaborer d’ici le Congrès l’organigramme futur de la direction nationale sur la base de nos besoins avant de discuter des noms. Il s’agirait d’aboutir à une conception claire, collective et plus lisible de nos tâches de direction.
La conclusion enfin est consacrée à deux enjeux de notre vie collective : les statuts et notre diversité actuelle. S’agissant des statuts, le texte est d’abord un appel au travail des assemblées de sections afin que le débat collectif dégage des orientations de réforme de nos statuts. Je vous rappelle que nous nous sommes donné comme ambition de procéder aux changements statutaires nécessaires lors du congrès ordinaire. La période écoulée nous place devant de très nombreux problèmes. La Commission propose d’adopter d’ici le Congrès d’étape les orientations principales de cette réforme, puis d’ici le Congrès ordinaire de procéder à la rédaction d’un nouveau projet de statut afin qu’il puisse être adopté à l’ouverture du congrès ordinaire. Enfin, les dernières lignes du texte sont consacrées à la question de notre diversité. Pour la Commission, un travail est nécessaire pour évaluer où nous en sommes, les difficultés, voire certaines régressions de notre débat collectif qui ont conduit à figer les points de vue en présence. La discussion de la Commission a estimé que nous réduisons souvent notre diversité à nos débats nationaux et, ce faisant, nous passons à côté d’une diversité d’engagements, de points de vue, d’expériences qui existent dans le Parti et dans la société.